Art et entreprise.

Le génie humain n’a pas de limites. Les business models se multiplient faisant voler en éclat les marchés existants, bousculant les donnes et revisitant les règles. Les océans bleus virent rapidement au rouge. Dans ce contexte hautement concurrentiel la course n’est pas de tout répit pour les entreprises que ce soit pour trouver sa place ou la garder, attirer ou fidéliser les talents. Les mécanismes classiques ne suffisent plus et le besoin d’un élément de différenciation inimitable se fait ressentir de plus en plus fort. L’art puise sa force vitale dans la psyché, celle de son créateur mais aussi celle de son spectateur. Intégrer l’art dans la stratégie d’entreprise est une expression de soi. En le choisissant c’est une « personnalité » unique que vous partagez avec vos collaborateurs et votre public. Et c’est dans l’essence même de cette personnalité que peut s’épanouir un espace stratégique où la concurrence sera moins « sanglante ».   

Big shot & genius

C’est une rencontre qui a façonné l’histoire pendant des siècles, celle de deux intelligences : l’artiste et le commanditaire. Consensuelle ou antagonique, cette relation ne laisse aucun de ses protagonistes indifférent. Les regards se croisent dans une fascination mutuelle. Les personnalités se révèlent et se subliment à travers des représentations fantasmées. Au stratagème du beau s’ajoute la jouissance esthétique dont les vestiges ornent désormais musées et espaces publics.

Quintessence du raffinement, la possession d’œuvres d’art s’inscrivait avant tout dans une stratégie de célébration. Une mise en scène précoce du leadership. À la gloire du commanditaire répondait celle de l’artiste. Le deal était parfait et la proposition irrésistible. Autrefois privilège de l’Église et des têtes couronnées, la pratique s’est étendue ensuite aux classes sociales mitoyennes. Si pour certains c’est un hobby qu’exige le rang social, pour d’autres l’art s’est révélé porteur d’enjeux majeurs qui ont fait la renommée de ses propriétaires en terme de goût et de choix avisés. C’est donc un stratagème qui a fait ses preuves depuis des siècles. Certes le contexte et les protagonistes diffèrent quelque peu aujourd’hui mais le schéma demeure intact. Finalement, c’est cette Histoire qui sera le socle de notre histoire. La narration est ainsi toute tracée car elle ne fait que calligraphier ce que la tradition a écrit.

Stimulus

Fulgurance rare et prisée, sixième sens ou privilège de génies inaccessibles, les fantasmes se multiplient autour de la créativité. Pourtant il s’agit d’une faculté universelle engendrée par la volonté et dont l’œuvre – la réalisation – est l’aboutissement naturel. A ce titre, l’entreprise est le laboratoire privilégié de la créativité. Le pôle qui attire les talents et développe les potentiels. Et si parfois on a opposé l’entreprise à l’art c’est à cause d’une fausse approche relevant plus de l’ingénierie que de la stratégie, faisant ainsi de l’art un actif incongru. Mais si l’on considère la chose du point de vue de la créativité, art et entreprises se lient et se complètent. Après tout, si les opposés s’attirent c’est essentiellement en vertu des similarités qui les lient.

Cette connivence avec l’art légitime l’intégration de l’expérience esthétique au sein de l’entreprise. En plus de créer un cadre esthétique agréable, la contemplation devient un stimulus. Une pensée latérale pour doper la créativité. Une catharsis pour sublimer le trop plein d’énergie. Un moment de répit pour freiner la course en avant, regarder l’émotion en face et puiser dans la richesse intérieure une nouvelle inspiration. C’est tout simplement un besoin inné et universel. La créativité est la réalisation du soi.

Top of mind

Apparition voluptueuse aussitôt distillée. Image inaccessible qui traverse le temps et l’espace. L’évocation mentale insuffle définitivement à la marque toute sa force. Dans une société esthétisante en quête de sens, exceller dans l’art du paraître n’est donc pas un luxe inutile. L’intangible incarne un facteur de succès qui immunise l’entreprise contre la concurrence.

Une représentation quintessentielle, voilà ce que pourrait être l’art dans l’expérience branding. L’oeuvre devient un support éloquent qui vient renforcer l’image de marque et exalter son identité. A travers cette alliance s’opère un basculement capital où le bureau interchangeable se métamorphose en un lieu unique qui complète l’expérience marque. Plus qu’une notoriété, l’entreprise crée son propre mythe via l’art.

Outre le rôle de brand content, l’art est le lien entre la marque et l’histoire dont elle s’inspire. Posséder une œuvre relève de la « patrimonialisation » de la marque ce qui l’inscrit de la sorte dans la durée. En détenant une partie de l’histoire, l’entreprise assume également une responsabilité poétique et cultive une présence au monde à travers une inspiration hédoniste. Ainsi, elle s’engage pleinement dans la communauté et l’histoire à travers cet imaginaire collectif parfaitement en phase avec la sensibilité contemporaine. De toute évidence, l’art révèle la vista qui fait définitivement la différence entre le leader et le petit chef.

Aristote l’a dit

A travers la responsabilité poétique l’entreprise affiche aussi une conscience, une éthique qui l’élève et élargit ses horizons au delà des enjeux financiers. C’est d’ailleurs devenu un élément d’évaluation pour les investisseurs et les analystes qui, en plus de l’approche du P&L, intègrent désormais des critères comme la responsabilité sociale, l’éthique et la durabilité.

Encore une fois, il n’y a rien de nouveau ou d’inédit. Il s’agit un précepte dont les origines remontent à l’antiquité et plus particulièrement à Aristote. En effet selon Aristote, la libéralité est synonyme d’affranchissement et d’élévation pour les hommes. Ainsi, dépenser est une excellente œuvre et la preuve que l’on n’est pas assujetti aux besoins vils de la vie. C’est d’autant une excellente œuvre qu’elle ouvre la voie à la magnificence c’est-à-dire la dépense pour le bien commun. En somme, la libéralité est le meilleur usage que l’on puisse faire de l’argent et la meilleure réponse aux défis et tentations que suscite la richesse.

Next …

Solution

art et entreprise